Dansa / World Arts

Lorsque Giselle aime … Bathilde

Demis Volpi signe sa chorégraphie de Giselle avant de quitter d’ici une saison le Ballet de Düsseldorf pour succéder à John Neumeier à la tête du Ballet de Hambourg. Sans être transgressive, sa version transpose le ballet romantique dans le monde de la sororité, une vision d’un romantisme plus contemporain.

Giselle
Musique : Adolphe Adam (1803-1856)
Chorégraphie : Demis Volpi
Direction musicale : Mark Rohde
Ballett am Rhein Düsseldorf et Düsseldorfer Symfoniker
Düsseldorf Oper du 11 au 24 juin 2023

Giselle demeure une œuvre romantique française par excellence mais l’héritage russe ne doit pas être oublié, pas plus que l’influence de Heinrich Heine, le poète allemand dont Théophile Gautier et Henri de Saint-Georges, auteurs de l’argument, tirèrent leur inspiration. Aussi il est amusant que sur les allées Heinrich Heine qui portent le nom de l’auteur, le Ballet de Düsseldorf crée une nouvelle version de ce pilier du répertoire. La proximité du Rhin et de la figure légendaire de la Lorelei n’est probablement pas étrangère cet élan romantique.

C’est Demis Volpi, directeur de la compagnie depuis 2020, qui s’attèle à cette œuvre aussi tentante qu’intimidante. Il opte pour le procédé bien connu du théâtre dans le théâtre qu’il utilise dès l’ouverture jouée dans son intégralité. La maison façon pain d’épices de Giselle, la cabane d’Hilarion, tout y est avec les habilleuses et les machinistes en plein ébullition d’après spectacle. Un couple dans la salle s’agite au moment des saluts et ces jeunes gens bien mis, Bathilde et Albrecht, passent en coulisses pour aller saluer la danseuse, interprète du rôle de Giselle qui écoute les corrections du maître de ballet. Bathilde et Giselle tombent alors amoureuse et le cours du ballet s’en trouve bouleversé.

Futaba Ishizaki (Giselle), Jack Bruce, Doris Becker (Bathilde), Ensemble Ballett am Rhein Düsseldorf
©Bettina Stöß

Le parti pris de Demis Volpi de reléguer au second plan Albrecht et Hilarion resserre l’intrigue sur les deux protagonistes féminins. Le chorégraphe mêle des éléments classiques de la chorégraphie originale en les détournant de leur contexte. Ainsi Bathilde prend le rôle d’Albrecht pour la savoureuse et touchante scène du banc et de la marguerite. La danse s’effectue la plupart du temps sur demi-pointes à l’exception de la variation de Giselle au premier acte mais les équilibres sont soutenus par les danseurs d’une « after party » un tantinet trop tapageuse. Pas de Cour ni de vendangeurs, la première partie ne dure qu’une trentaine de minutes et le ton queer assez enlevé change avec la scène de la folie. Cet effrayant désarroi de Giselle s’explique par le retour à la norme de Bathilde qui rentre dans les bras d’Albrecht. La ballerine en perd la raison, jette ses chaussons de rage et de douleur. Futaba Ishizaki qui crée le rôle prend toute sa dimension dramatique et sa disparition à travers le rideau laisse son lot d’émotion.

Le second acte comporte moins de coupes dans la partition originale. L’ouverture nous replonge dans la scène du banc comme un flash-back avec une Bathilde interprétée par une ancienne danseuse. Les motifs du ballet blanc, notamment la grande diagonale, servent de leimotiv. Point de Myrtha en revanche dans cette relecture alors que ce personnage pourrait sans trop d’artifice faire figure d’égérie lesbienne. L’entrée de Giselle comporte son jeu de voiles mais au moment du crescendo la ballerine danse en duo avec Bathilde, la charismatique Doris Becker. Tout cette transposition tient parfaitement la route mais la magie de l’acte blanc ne fonctionne pas car les Willis sont transformées, quel que soit leur sexe en caricature de Giselle et cela confère à l’ensemble un goût caricatural à la manière des Ballets Trockadero de Monte-Carlo.

Cette production a le mérite de mettre en scène l’intégralité de la compagnie de 44 danseurs et 3 distributions alternent dans les 5 représentations avec des reprises à prévoir au cours des saisons à venir. En revanche on peut s’interroger sur la pérennité de cette version au-delà du mandat de Demis Volpi.

Vincent Le Baron
Vincent Le Baron, diplômé de droit à la Sorbonne à Paris, a débuté la critique de danse il y a environ vingt ans. Formé par René Sirvin au quotidien Le Figaro, il collabora à deux revues de danse mensuelle, Danse Light et Ballet 2000. Vincent a couvert pour ces supports les saisons de l’Opéra de Paris mais également des représentations en région ainsi qu’en Europe, à New York et à Tokyo. Pendant quelques années de 2014 à 2018, Vincent collabora à altamusica, un site principalement spécialisé dans la musique mais comportant également une tribune de danse. Sa dernière collaboration fut à la prestigieuse Ballet Review qui compta de longues années les signatures prestigieuses de Clement Crisp et Clive Barnes. Occasionnellement il participa à la rédaction des programmes dont ceux du Théâtre du Châtelet à Paris.

Vincent Le Baron, llicenciat en dret per la Sorbona de París, va començar a escriure crítica de dansa fa uns vint anys. Format per René Sirvin al diari Le Figaro, va col·laborar en dues revistes mensuals de dansa, Danse Light i Ballet 2000. Per a aquests mitjans, Vincent va cobrir les temporades de l'Òpera de París però també actuacions a la regió i a Europa, a New York i Tòquio. Durant uns anys, del 2014 al 2018, Vincent va col·laborar a altamusica, un lloc principalment especialitzat en música però que també inclou un fòrum de dansa. La seva darrera col·laboració va ser amb la prestigiosa Ballet Review que durant molts anys va incloure les prestigioses signatures de Clement Crisp i Clive Barnes. De tant en tant va participar en la redacció de programes, entre ells els del Théâtre du Châtelet de París.

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