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‘Onegin’ : éloge de la maturité

Le Ballet du Teatro alla Scala reprend ‘Onegin’, désormais classique du ballet au répertoire de nombreuses compagnies et qui fait salle comble dans le plus beau « salon » de Milan. Cerise sur le gâteau, Roberto Bolle, trésor national vivant est à l’affiche. Avec sa partenaire, Marianela Núñez, ils offrent une représentation pleine d’intelligence et d’émotion.

Onegin
Musique : Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
Chorégraphie : John Cranko
Direction musicale : Felix Korobov
Ballet et Orchestre du Teatro alla Scala
Teatro alla Scala du 14 au 26 septembre 2022

Au 20ème siècle, le ballet classique a exploré bien des chefs d’œuvres littéraires et John Cranko, chorégraphe britannique fit une véritable école avec deux suiveurs aussi talentueux. Son chef d’œuvre fut incontestablement Onegin d’après Alexandre Pouchkine, créé en 1965. Kenneth MacMillan lui damna le pion en 1974 avec Manon et John Neumeier en 1978 avec la Dame aux camélias. La musique d’Onegin n’est pas celle de l’opéra de Tchaïkovski mais une sélection de ses œuvres pour orchestre ou pour piano arrangées. Le collage se révèle musicalement pertinent et séduisant. Programmer Onegin pour Manuel Legris, l’actuel Directeur du ballet de la Scala et ancienne étoile de l’Opéra de Paris, fut une évidence tant il aima danser de tels ballets narratifs. Il y fit d’ailleurs ses adieux à la scène parisienne avec cette œuvre en 2009.

La chorégraphie de John Cranko, après bientôt 60 ans, marque par la fluidité et la concision de son langage. Les pas de deux et les variations font rêver les jeunes danseurs, les spectateurs assidus et attirent les plus grands interprètes. Avec Roberto Bolle et Marianela Núñez c’est incontestablement ce dont il s’agit. D’ordinaire il serait de bon ton de lister d’abord la ballerine mais à Milan et à la Scala il est impossible de ne pas commencer par Roberto Bolle, le seul des quatre protagonistes à recueillir les saluts lorsqu’il entre en scène alors que ce n’est pas réellement l’usage pour ce genre de ballets néo-classiques. A 48 ans le danseur conserve son statut incontesté d’étoile « assoluta » comme seule Carla Fracci récemment disparue le conquit à travers une carrière mémorable. Certes l’arabesque et les sauts apparaissent moins hauts mais sa plastique hiératique demeure incomparable comme en témoignent femmes et hommes en pamoison à chaque apparition et plus encore aux saluts. Ce qui demeure tout au moins admirable chez le danseur sont ses qualités de partenaire si appréciées et jamais les pas de deux ne trahissent la moindre hésitation, y-compris dans le redoutable porté flambeau. Il invita pour une série de trois représentations l’argentine Marianela Núñez.

Marianela Núñez et Martina Arduino @Teatro alla Scala

Cette ballerine a fait sa carrière au Royal Ballet de Londres et demeure la « principal » la plus courue après les départs de Tamara Rojo et d’Alina Cojocaru pour l’English National Ballet. La star du Royal fait également preuve d’un physique irréprochable, d’une technique d’un élégant raffinement et d’un sens artistique des plus aboutis. Dès la rencontre au 1er acte les intentions font mouche lorsqu’elle frissonne au premier porté … la salle à l’unisson. Les ports de bras, les tours planés et le legato de sa variation fascinent. A 40 ans l’argentine atteint un sommet dans la maîtrise de son art ce qui augure encore de quelques années riches de représentations.

Il serait injuste de limiter le succès de la représentation au talent d’une « étoile primo ballerino » et d’une artiste invitée car le travail de la compagnie et des répétitions s’avère bien plus complet. L’histoire d’Onéguine requiert aussi deux autres interprètes-clef pour les rôles d’Olga et de Lenski. Martina Arduino campe une sœur allègre, espiègle et souple. Dans la scène du bal elle saisit parfaitement l’ambiguïté de son attitude vis-à-vis de Lenski ce qui provoque le duel entre son partenaire et Onéguine. Nicola Del Freo, également Primo Ballerino, détient toutes les qualités pour le personnage masculin vulnérable et trompé. Il saute et se courbe comme un chat, la jambe haute, mais il fait peut-être montre d’un tantinet de précipitation par rapport à la musique et il s’avère légèrement chancelant sur demi-pointes quand la variation du 2ème acte voudrait un phrasé plus poétique.

Nicola Del Freo @Teatro alla Scala

Les ensembles féminins séduisent par leur cohérence. Répétées au cordeau les scènes de bal comme les danses du 1er acte témoignent du soigneux travail des passeurs de l’œuvre de John Cranko ainsi que de l’ambition de Manuel Legris pour la compagnie qu’il dirige depuis déjà deux ans dont une première année semée des embuches de la COVID. Travail et dispositions physiques, un Corps de ballet au cordeau, la taille soigneusement prise par des costumes «Empire » spécifiquement taillés pour la Scala par Pier Luigi Samaratini et Roberta Guildi di Bagno. Partout à travers le monde la production et les costumes de Jürgen Rose s’imposent et même si l’on peut préférer tel ou tel élément de la production du démiurge allemand il est appréciable d’expérimenter une autre lecture qui fut d’ailleurs inaugurée pour … Carla Fracci.

Les danseurs masculins ne sont pas en reste comme en témoigne la belle vitalité les danses de caractère stylisées au 1er acte. Voici qui laisse espérer de futures promotions et lorsqu’un jour Roberto Bolle tirera sa révérence l’école italienne poursuivra incontestablement son rayonnement, comme à Naples ou à Rome, jusque dans les rangs du Ballet de l’Opéra de Paris.

Saluons la présence d’un chef d’orchestre russe, Felix Korobov, fait rare depuis 6 mois et le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Sa direction tonitruante rendit la soirée parfaitement « allegro ma non troppo ».

L’Onegin par le Ballet du Teatro alla Scala @Teatro alla Scala
Vincent Le Baron
Vincent Le Baron, diplômé de droit à la Sorbonne à Paris, a débuté la critique de danse il y a environ vingt ans. Formé par René Sirvin au quotidien Le Figaro, il collabora à deux revues de danse mensuelle, Danse Light et Ballet 2000. Vincent a couvert pour ces supports les saisons de l’Opéra de Paris mais également des représentations en région ainsi qu’en Europe, à New York et à Tokyo. Pendant quelques années de 2014 à 2018, Vincent collabora à altamusica, un site principalement spécialisé dans la musique mais comportant également une tribune de danse. Sa dernière collaboration fut à la prestigieuse Ballet Review qui compta de longues années les signatures prestigieuses de Clement Crisp et Clive Barnes. Occasionnellement il participa à la rédaction des programmes dont ceux du Théâtre du Châtelet à Paris.

Vincent Le Baron, llicenciat en dret per la Sorbona de París, va començar a escriure crítica de dansa fa uns vint anys. Format per René Sirvin al diari Le Figaro, va col·laborar en dues revistes mensuals de dansa, Danse Light i Ballet 2000. Per a aquests mitjans, Vincent va cobrir les temporades de l'Òpera de París però també actuacions a la regió i a Europa, a New York i Tòquio. Durant uns anys, del 2014 al 2018, Vincent va col·laborar a altamusica, un lloc principalment especialitzat en música però que també inclou un fòrum de dansa. La seva darrera col·laboració va ser amb la prestigiosa Ballet Review que durant molts anys va incloure les prestigioses signatures de Clement Crisp i Clive Barnes. De tant en tant va participar en la redacció de programes, entre ells els del Théâtre du Châtelet de París.

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