Dansa / World Arts

Voir la musique et écouter la danse

Llegeix-lo en català

Deuxième programme de la saison, cette fois totalement épargné par la COVID, le Ballet du Teatro San Carlo fait entrer deux pièces ambitieuses à son répertoire : Concerto de Kenneth MacMillan et Thème et Variation de George Balanchine. Deux pièces très différentes par leur technique et leur école mais que la musique rapproche. Deux compositeurs russes majeurs du 19ème et du 20ème siècle, deux chorégraphes majeurs de ce dernier.

Concerto
Musique : Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
Chorégraphie : Kenneth MacMillan
Thème et Variations
Musique : Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
Chorégraphie : George Balanchine
Direction musicale : Hilari Garcia
Ballet et Orchestre du Teatro San Carlo
Teatro San Carlo de Naples du 5 au 10 mars 2022

Après un Lac des Cygnes de haute qualité remonté pour les fêtes de fin d’année, Clotilde Vayer, Directrice du Teatro San Carlo depuis un an déjà, poursuit son entreprise de revitalisation du Ballet et son ambition d’excellence. Deux « maîtres du 20ème siècle »  comme l’indique le programme et deux pièces de répertoire autant musicales que techniquement exigeantes. Pour tous les danseurs cela requiert l’apprentissage d’un langage inédit de deux chorégraphes avec lesquels il faut se familiariser. Avant de débuter il faut s’en voir confier les droits et la Fondation MacMillan comme le Balanchine Trust, confiants du jugement de Clotilde Vayer et du buzz positif au sujet de la compagnie, ne firent pas de difficulté à donner leur autorisation. La durée des deux pièces équilibre parfaitement ce que les anglais et les américains nomment un « double bill », deux œuvres en miroir qui se répondent et se démarquent avec beaucoup d’intérêt.

Le rideau s’ouvre avec Concerto de Kenneth MacMillan, une création de 1966 que le chorégraphe anglais conçut pour la compagnie berlinoise à la différence de la majorité de son œuvre qu’il construisit avec le Royal Ballet de Londres. Cette pièce beaucoup plus rare que ses grands ballets narratifs (Roméo et Juliette, Mayerling ou Manon) revient à l’essence de ses début avec Danses Concertantes. La partition de Dmitri Chostakovitch suffit pour argument et le chorégraphe en révèle accents et intentions.

Le premier mouvement requiert deux solistes vifs et précis. Claudia D’Antonio et Salvatore Manzo illuminent la scène. Véloces mais également présents ils parcourent le vaste plateau et sautent comme deux jeunes félins. Les éclairages et costumes acidulés participent de cette ambiance chaude. Jaunes et oranges qui rappellent la proximité de la Côte Amalfitaine. Mais le travail ne se limite pas à deux individus. Les demi-solistes et le Corps de ballet doivent également se plier aux rythmes presque jazzy du compositeur soviétique aux rapports tout aussi syncopés avec le régime en place à l’époque. Comme dans le Lac des cygnes en décembre et en janvier la discipline de l’ensemble fait mouche.

2ème mouvement Luisa Ieluzzi et Stanislao Capissi @Luciano Romano

Respiration et le deuxième mouvement débute par un thème envoutant que le pianiste néerlandais Sepp Grotenhuis et le chef espagnol Hilari Garcia transcendent avec une parfaite complicité avec les solistes. Le couple de danseurs, Luisa Ieluzzi et Stanislao Capissi apparaissent respectivement cour et jardin et se rejoignent pour l’un des pas de deux les plus contemplatifs du répertoire. La danseuse prend symboliquement son partenaire pour barre ou miroir. Sans se regarder ostensiblement on mesure l’intensité de la rencontre. Les lignes parfaites de la danseuse, bras et jambes à l’unisson de l’adage, font merveille. Les portés spectaculaires et périlleux, signatures du chorégraphe anglais mettent en valeur la ballerine autant que le travail à peine visible du couple. Un ange passe et les bravi explosent.

Le troisième mouvement aurait dû compter un dernier couple mais la blessure du danseur masculin en 1966 en décida autrement et la soliste, Chiara Amazio, prend toute la lumière avec une chorégraphie rapide et tellement valorisante lorsque la danseuse s’affranchit de ses obstacles. Audace de la jeunesse et probablement dons de la nature promettent à cette danseuse italienne de futurs rôles du répertoire. Autour d’elle, le Corps de ballet reprend ses lignes impeccables et son petit allegro, tout simplement … jubilatoire.

Sir Kenneth MacMillan n’a pas comme Jerome Robbins travaillé et créé aux côtés de George Balanchine mais leur respect inconditionnel de la partition se mesure avec Thème et Variations. La pièce créée avec Alicia Alonso et l’ancêtre de l’American Ballet date de 1947 et constitue un rite de passage pour une compagnie classique. A commencer par le couple de solistes, un thème, deux variations pour chacun et un long pas de deux. L’équivalent en une demi-heure de ce que certains grands ballets classiques exigent en deux ou trois actes. Un défi que la napolitaine Anna Chiara Amirante semble affronter avec détermination, audace mais surtout un style déjà très balanchinien pour une prise de rôle et un baptême chorégraphique. Son partenaire aurait dû être Alessandro Staiano fort inopportunément blessé quelques heures avant la première ! De la Baie des Anges, le cubain Luis David Valle Ponce, soliste du Ballet de Nice, arriva en Baie de Naples et apprit la chorégraphie en un jour et demi … Les danseurs ne s’en sont pas laissé montrer et l’adage n’aurait pas laisser soupçonner une fabrication aussi impromptue.

La ballerine se joue de la petite batterie, des gargouillades si redoutées par certaines comme des sauts de biche, buste et regard scintillant à l’unisson de cet extrait de la Suite n°3 de Tchaïkovski. Son partenaire se joue également des deux variations et notamment des six doubles tours en l’air qui se terminent en musique et sans chalouper.

Theme and Variations: Anna Chiara Amirante @Luciano Romano

« Finale alla polaca », sans paraphraser Balanchine, un allegro brillant et dans la plus grande tradition russe du Mariinski. Ironiquement voire tragiquement, le jaune et le bleu des costumes font écho au drapeau ukrainien. La splendeur de la musique et de la danse autorise le temps d’un spectacle à pacifier les esprits. Une danseuse ukrainienne de la compagnie fit d’ailleurs une déclaration sobre et prenante en avant-spectacle : « Voir la musique et écouter la danse » disait Balanchine, tout un programme que MacMillan fit sien lui-aussi et que le San Carlo célèbre pour huit représentations en cinq jours : allegro ma non troppo.

Vincent Le Baron
Vincent Le Baron, diplômé de droit à la Sorbonne à Paris, a débuté la critique de danse il y a environ vingt ans. Formé par René Sirvin au quotidien Le Figaro, il collabora à deux revues de danse mensuelle, Danse Light et Ballet 2000. Vincent a couvert pour ces supports les saisons de l’Opéra de Paris mais également des représentations en région ainsi qu’en Europe, à New York et à Tokyo. Pendant quelques années de 2014 à 2018, Vincent collabora à altamusica, un site principalement spécialisé dans la musique mais comportant également une tribune de danse. Sa dernière collaboration fut à la prestigieuse Ballet Review qui compta de longues années les signatures prestigieuses de Clement Crisp et Clive Barnes. Occasionnellement il participa à la rédaction des programmes dont ceux du Théâtre du Châtelet à Paris.

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