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Laura Vazquez: le roman / la poésie

Llegeix-lo en català

Laura Vazquez, écrivaine née à Perpignan, est l’auteure de ‘La semaine perpétuelle’, édité l’an dernier. Ce livre a reçu une mention spéciale au prix Wepler 2021, un prix qui, on cite, “récompense une prise de risque romanesque et un style exigeant”. On aurait du mal à mieux définir le travail de la jeune française qu’avec les épithètes de ce prix: risque et exigence.

Ce premier roman aux éditions du Sous-sol (Paris), plus qu’une histoire, installe au fil des pages une atmosphère étrange, émanant des relations qu’entretiennent des personnages aux vies minuscules. Il y est question d’adolescence, de paternité, d’amour et de mort. On y trouve aussi internet non pas comme un sujet en soi, mais comme un prolongement poétique des attitudes, du jeune garçon surtout.

Méduse, Sécheresse et melodie

Laura Vazquez, en parlant de ce livre, signale que chaque personnage correspond avant tout à une impression générale. Par exemple, la grand-mère, dit-elle, personnage central qui semble renvoyer au vécu même de l’auteure, émane d’une sensation “d’expansion: méduse, mollesse… expansion.” C’est ainsi que l’on perçoit cet être attachant, dont les ramifications se projettent vers le monde. Le père, au contraire, incarne la sécheresse physique (“on a envie de l’arroser” dit-elle). Il est sec de tout, y compris des relations humaines. Il s’agit quasi exclusivement d’une voix très sèche et énervée, qui tourne en boucle. Salim, le personnage central, est une mélodie. Tout est nouveau pour lui, et il appréhende le monde sur les mélodies qu’internet produit, comme celles que de jeunes hommes produisent en lisant le coran, et en expliquant les situations d’une existence. C’est un personnage qui se questionne, comme une mélodie qui questionne.

Des voix

Le roman est alors porté par des voix. Laura Vazquez explique avoir laissé parler ces voix, de façon quasi automatique. Cela a donné un point de départ au travail. Puis un long effort de relecture et d’arrangement a suivi, laborieux, afin de construire quelque chose à partir de ce matériel. Par exemple, les dialogues sont des gestes de l’autrice pour rompre le rythme, créer des niveaux différents, et des décalages incluant parfois le comique. Mais au final, même dans les dialogues, chacun reste dans sa propre lecture du monde, comme dans Cervantès, comme dans les vrais gens le font aussi, et le dialogue est impossible.

Laura Vazquez, Vous êtes de moins en moins réels, anthologie de poesies, Points Éditions, París 2022 @Planas

De nombreux personnages secondaires apparaissent, ainsi que des récits secondaires. Laura Vazquez dit avoir été elle-même effrayée, après avoir recouvert un mur entier de notes sur ces personnages. Mais des auteurs comme Proust ou David Foster Wallace ont constitué des figures tutélaires permettant d’accepter la prolifération et de la maîtriser. Elle évoque aussi Rabelais, qui passe d’une histoire à l’autre, sans que cela pose de problème.

Les styles d’Internet

La présence d’internet comme quasi-personnage est aussi un vecteur de richesse et de profusion. Les gens se posent des questions, et internet en est le reflet. L’autrice avoue être friande des commentaires qui pullulent à l’infini, par exemple sur les sites médicaux, où varient les styles d’écriture et les préoccupations, parfois très intimes. Formellement, internet permet dans un roman d’aborder un très grand nombre de sujets, et de faire varier les styles, presque à l’infini.

L’écriture du roman a pris un an et demi. Vazquez insiste plus sur les trois ans de relecture et de correction qui ont suivi. Elle se dit adepte de méthodes d’écriture quasi forcées, avec des comptes à rebours qui la forcent à rester au travail un temps imparti. Mais malgré l’importance des efforts, le roman, dit-elle, échappe toujours à l’écrivain: on ne peut pas, en écrivant, prévoir la page 237!

“Je lis parce que j’écris”

Ce roman étonne, mais on en saisit mieux la valeur si l’on sait que Laura Vazquez, avant lui, a beaucoup écrit. C’est dans le domaine de la poésie qu’elle œuvre depuis une dizaine d’années, et en 2022, la première anthologie de ses poèmes vient de paraître: Vous êtes de moins en moins réels aux éditions Points.

Poesis universalis

Ainsi le roman est pour elle de la poésie sous une autre forme. C’était déjà le cas de la chanson ou de la performance, autres domaines où on l’a régulièrement retrouvée durant des années.

Née à Perpignan, Laura Vazquez a vécu deux ans à Barcelone. Elle explique que dans un contexte linguistique différent, elle a commencé à écrire et surtout à lire publiquement des poésies. Les auditeurs n’ayant pas accès au sens, il fallait que l’oralité en soit tranchante.

Les poèmes de Laura Vazquez sont fortement teintés d’une énergie électrique qui les traverse, et qui est largement perceptible quand elle en fait la lecture. Peuplés d’êtres polymorphes dilués entre les règnes, certains poèmes font fusionner l’animal, le végétal et l’humain. On pense à Michaux ou à Tarkos. Les textures et les substances s’entremêlent. Les échelles varient de l’infiniment grand au minuscule. On voit d’un coup de très près les choses, presque les atomes comme dans Lucrèce qu’elle dit aimer. Des registres religieux (“ô mon frère” et des anaphores viennent côtoyer des éléments d’une grande familiarité.

Extrait de Laura Vazquez, Vous êtes de moins en moins réels, anthologie de poesies, Points Éditions, París 2022 @Planas

Quelque chose d’urbain habite son écriture, comme une violence contenue. C’est d’ailleurs très fortement ressenti lorsqu’on assiste (ou regarde sur youtube) à ses lectures, par exemple le poème Menace, écrit à la deuxième personne comme un impératif, et qu’elle énonce, inquiétante il faut l’avouer, comme si elle se préparait à un combat de MMA.

Muscle & More

Laura Vazquez est engagée dans le partage. Tout d’abord, elle est cofondatrice de la revue de poésie Muscle (sur abonnement sur le site), qui publie et traduit avec régularité les poètes les plus intéressants. Elle anime également un atelier d’écriture par email où avec régularité des œuvres sont proposées à l’analyse puis prises comme départ d’écritures de chacun. On y découvre les lectures personnelles de l’autrice qui affirme se dévouer quasi entièrement à ces deux activités: “J’écris parce que je lis.”. Elle organise enfin des rencontres autour de la poésie et de la littérature à Marseille où elle réside actuellement.

Sébastien Planas
Realitzador nascut el 1975. Director del Filaf (Festival Internacional del Llibre d’Art i del Film) de Perpinyà. Membre del jurat de Cinema dels Premis El Temps de les Arts.

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