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Rusalka à la pointe !

Le Palau des Arts à Valence fait entrer à son répertoire Rusalka de Dvorak, cent années après la première espagnole au Liceu de Barcelone. Une production esthétique de Christof Loy, très bien distribuée, qui comme son habitude dirige parfaitement les chanteurs.

Rusalka
Musique : Antonin Dvorak (1841-1904)
Direction musicale : Cornelius Meister
Mise en scène : Christof Loy
Orchestre et Chœur de la Communitat Valenciana
Palau de les Arts Reina Sofia, du 30 janvier au 11 février 2024

Rusalka fut redécouvert somme toute récemment dans les plus grandes maisons d’opéra internatonales et le Palau des Arts Reina Sofia à Valence a bien raison de le produire. C’est chose faite avec le Teatro Real de Madrid, le Semperer de Dresde et le Liceu de Barcelone. Valence où il présenté après Madrid et Dresde affiche cinq représentations. La jauge n’est pas complètement pleine mais le public curieux quitte vaisseau amiral de Santiago Calatrava conquis par cette musique suave et envahissante, en plein symbolisme au tournant du 20ème siècle. On se risquerait sans trop choquer à faire des parallèles avec l’œuvre de Wagner, le leitmotiv récurrent facilitant l’accès dès la première écoute.

Le metteur en scène allemand Christof Loy opte pour un décor quasi unique exécuté par Johannes Leiacker. Il représente le vestibule d’un théâtre légèrement baroque, élégant, campant le récit dans le théâtre. Rusalka, la nymphe, se meut en ballerine blessée et condamnée au lit au pied droit bandé, incapable de monter sur pointes à la différence de ses sœurs. La mise en scène s’avère très exigeante pour la soprano qui incarne le rôle-titre car elle doit régulièrement monter sur pointes, effectuant retirés et ports de bras, une gageure pour une chanteuse qui devrait en principe se concentrer sur sa ligne de chant. Olesya Golovneva, aux proportions de ballerine relève parfaitement le défi : la chanteuse russe évolue avec souplesse et grâce. Si le fameux Air de la lune au premier acte manque un peu de projection, sa voix dans les aigus comme les graves ne manque pas de charme. Au fil des trois actes elle gagne en densité et au dernier acte, avec son père puis avec le Prince elle lève toute réserve.

L’òpera Rusalka @MiguelLorenzo-MikelPonce/LesArts

Son père, Vodnik, l’Esprit du lac, est défendu par la basse russe Maxim Kusmin-Karavaev. Sa voix pèche un peu en profondeur et le rôle qui peut être l’égal d’une figure paternelle verdienne n’a pas le charisme qu’il mériterait. Au contraire, le ténor anglais Adam Smith offre un Prince à la voix claire et solide avec une interprétation magistrale. Il est successivement séduisant, trompeur et particulièrement touchant dans son rôle d’amant prodigue au 3ème acte. Un artiste à suivre …

Un autre personnage-clef de Rusalka est celui de la sorcière Jezibaba. La mezzo-soprano Enkelejda Shkoza se balade dans le registre grave et s’amuse du caractère à la fois bienveillant et maléfique. A l’applaudimètre final on mesure la popularité de sa performance. La Princesse étrangère, la rivale de Rusalka est interprétée avec brio par Sinead Campbell-Wallace. L’irlandaise au même titre que le ténor anglais prouve à quel point le répertoire tchèque est devenu au fil du temps familier des artistes anglo-saxons.

Parmi les autres rôles une mention pour le chasseur du mexicain Daniel Gallegos. Son chant subtil et la poésie de son costume tranchent avec le jeu et la mélodie plus terriens de l’espagnol Manel Esteve, remarquable garde-chasse et de la cheffe cuisinière, Laura Orueta.

L’òpera Rusalka @MiguelLorenzo-MikelPonce/LesArts

Le chef d’orchestre allemand Cornelius Meister, habitué du répertoire wagnérien mais également familier de Massenet séduit dans son approche de Dvorak, à la fois suave et puissante. Hélas quelques cuivres se sont égarés en chemin et notamment pour la soprano dans son délicat Air de la lune. Les cordes en revanche sonnent juste et chaque pupitre trouve en cette vaste partition une merveilleuse mise en valeur. La chorégraphie bachique de Klevis Elmazaj ne sera certainement pas au goût de tous mais l’engagement des danseurs sera lui très consensuel.

Après une splendide Jenufa de Janacek l’an passé, le Palau poursuit brillamment son exploration du répertoire tchèque. Une muisque un peu hors des sentiers battus que les oreilles occidentales adoptent avec intérêt et plaisir.

Vincent Le Baron
Vincent Le Baron, diplômé de droit à la Sorbonne à Paris, a débuté la critique de danse il y a environ vingt ans. Formé par René Sirvin au quotidien Le Figaro, il collabora à deux revues de danse mensuelle, Danse Light et Ballet 2000. Vincent a couvert pour ces supports les saisons de l’Opéra de Paris mais également des représentations en région ainsi qu’en Europe, à New York et à Tokyo. Pendant quelques années de 2014 à 2018, Vincent collabora à altamusica, un site principalement spécialisé dans la musique mais comportant également une tribune de danse. Sa dernière collaboration fut à la prestigieuse Ballet Review qui compta de longues années les signatures prestigieuses de Clement Crisp et Clive Barnes. Occasionnellement il participa à la rédaction des programmes dont ceux du Théâtre du Châtelet à Paris.

Vincent Le Baron, llicenciat en dret per la Sorbona de París, va començar a escriure crítica de dansa fa uns vint anys. Format per René Sirvin al diari Le Figaro, va col·laborar en dues revistes mensuals de dansa, Danse Light i Ballet 2000. Per a aquests mitjans, Vincent va cobrir les temporades de l'Òpera de París però també actuacions a la regió i a Europa, a New York i Tòquio. Durant uns anys, del 2014 al 2018, Vincent va col·laborar a altamusica, un lloc principalment especialitzat en música però que també inclou un fòrum de dansa. La seva darrera col·laboració va ser amb la prestigiosa Ballet Review que durant molts anys va incloure les prestigioses signatures de Clement Crisp i Clive Barnes. De tant en tant va participar en la redacció de programes, entre ells els del Théâtre du Châtelet de París.

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